23avr 2007
L'église, cette institution qui progresse
21:23 - Par Frédéric Meurin - Papier - crayon - 3 commentaires
Rappel :
"Aimez vous les uns les autres".
"Laissez venir à moi les petits enfants."
"Les Limbes" : tel était le titre que voulait donner Charles Baudelaire à ses Fleurs du mal. Ce mot désigne l'espace mythique au-delà du bien et du mal, ce morceau de l'enfer éternel qui serait réservé aux enfants morts sans baptême, ni élus ni damnés. Mais ce qui était hier, pour les uns, un article de foi, pour les autres, une fable terrifiante, a été aboli, vendredi 20 avril, par le Vatican.
Dans un document de sa commission théologique internationale, l'Eglise estime qu'il existe désormais "des bases sérieuses pour espérer que, lorsqu'ils meurent, les bébés non baptisés sont sauvés" (1). Elle veut en finir "avec des métaphores qui ne rendent plus adéquat le message d'espérance de la religion chrétienne".
La question remontait à l'origine du christianisme : si l'on admet que seuls les hommes baptisés sont sauvés et que tous les autres sont damnés, quel est le sort des enfants morts sans baptême ? Elle avait été tranchée au IVe siècle par saint Augustin : ces enfants innocents, mais encore "souillés" par le péché originel, sont accueillis dans ce lieu intermédiaire entre l'enfer et le paradis, appelé "limbes".
LOURD HÉRITAGE
Augustin était convaincu que l'humanité pécheresse depuis la faute d'Adam et Eve ne pouvait être rachetée que par la seule "grâce" de Dieu donnée par la foi et le baptême. On sait combien, jusqu'aux protestants et aux jansénistes, cette idée a labouré les consciences occidentales. Terrible verdict, en effet, que celui des limbes. L'agnostique Albert Camus, né comme Augustin sur la terre algérienne, disait qu'il ne pardonnerait jamais à l'auteur des Confessions d'être le "père" du péché originel, de la culpabilité des innocents et de la "damnation des enfants morts sans baptême".
Que faire d'un si lourd héritage défendu, du Moyen Age jusqu'au XXe siècle, par une Eglise manipulatrice, trop contente de faire peser la menace des limbes pour inciter les parents à faire baptiser au plus vite leurs enfants ? Sur ce point, sa réflexion théologique est enfin passée de l'intransigeance dogmatique à la miséricorde. Elle ne renonce pas au péché originel, encore moins au passage obligé par le baptême pour obtenir le salut éternel. Mais elle admet désormais que les enfants, sans possibilité de choix ni responsabilité, seront sauvés.
Henri Tincq pour le Monde
1 : Votre serviteur, qui commet ici le péché de vol, s'interroge sur cette phrase. Est-ce à dire que jusqu'à présent des bases sérieuses existaient pour ne pas espérer que les bébés non-baptisés soient sauvés ? D'ailleurs, on remarquera qu'il ne s'agit que d'espoir, hein, rien ne nous dit qu'ils sont effectivement sauvés, alors mieux vaut les baptiser, juste au cas où...




3 commentaires
Tiens, peut-être sauras-tu me dire s'ils ont tranché cette également épineuse question : à quelle moment Dieu insuffle-t-il l'âme dans le corps humain : à la conception ? à la naissance ?
Point sensible aujourd'hui dans le débat sur l'avortement, mais aussi depuis des lustres quand il s'agit de faire monter une femme enceinte à bord d'un bateau : le Diable ne va-t-il pas essayer de couler le navire pour s'emparer de l'âme - non baptisée forcément - du foetus ? (oui parce que tout le monde n'était pas forcément d'accord avec Saint Augustin)
Merci pour cette mise en exergue de la réactivité pontificale, mais, surtout pour ce rappel de la notion de Limbes.
Il me plaît cet espace non défini, entre 2 mondes, qui n'appartient à rien.Ce n'est pas de la non existence, c'est une réalité avérée mais non classée, cataloguée, un peu flottante;
pour certains, ce peut être un déterminisme indéterminé.....
Serait ce, en quelque sorte, l'essence du doute?
Cette notion fait apparaître dse interstices d'incertitude...Dieu (ou Diable) que c'est bon !.
Enfin, au delà du bien ou du mal, de la religion ou de l'athéisme, du libéralisme ou de l'étatisme...
Fini les clivages
Que signifient la droite, la gauche...et si Bayrou avait raison !
Les Limbes sont effectivement ni l'enfer ni le paradis, mais elles représentent finalement quelque chose d'assez mou, tiède et sans passion... je ne sais pas si la comparaison avec le troisième homme de cette campagne est heureux... On se rapproche alors du "thé tiède des Bayrouistes" des guignols.
Mon billet visait surtout la rapidité (laissez-moi rire) avec laquelle l'Eglise suit les courants de monde actuel.
On peut même espérer une dénonciation d'ici deux ou trois siècles du comportement du Vatican envers le régime nazi et ses fuyards...