27sep 2007
Tintin chez les communautaristes
14:36 - Par Frédéric Meurin - Papier - crayon - 5 commentaires
La polémique enfle autour de Tintin au Congo, dont de multiples associations dénoncent le caractère raciste.
C'est vrai. Cet album comporte de nombreuses allusions racistes. Comme nombre d'albums de Tintin, d'ailleurs. Les indiens, les allemands, les chinois, tout le monde y passe. Les marins, les cantatrices et les policiers sont également particulièrement stupides.
Alors quoi. Faut-il brûler Hergé ? Ou, comme le suggérait Télérama dans sa newsletter, "inculquer quelques notions d'histoire coloniale à nos enfants" ? Il est sans doute plus simple de conduire un autodafé que de promouvoir et pratiquer ce travail de longue haleine qu'est l'instruction et l'éducation.
Donc Hergé, tôt ou tard, finira au pilori. Ce sera à Asterix de s'inquiéter, car c'est toute l'Europe qui tombera sur Uderzo (Goscinny ayant comme chacun sait, fuit ses responsabilités).
Après, on accusera Gérard Oury d'anti-sémitisme patenté (il a quand même réalisé Rabbi Jacob, ce youpin !). Et puis nous brulerons Balzac, parce qu'il dit vraiment trop de mal des saumâtres habitants de Saumur.
Le monde sera enfin beau, car nous serons débarrassé des soucis de la réflexion et de la responsabilité, et nous pourrons regarder le décolleté siliconé de Victoria Silvedst (pardon si j'écorche) et nous angoisser : "Banqueroute ou Passe ?"



5 commentaires
Je relisai hier Tintin chez les Soviets.
Je crois que je vais prendre une carte au PCF juste pour le plaisir de porter plainte contre Hergé.
Nein ! OK pour la vision coloniale, mais petits rectificatifs, dans Tintin en Amérique c'est le capitalisme qui est avant tout critiqué (certes au détriment des braves indigènes, après tout c'est pas bien de battre son chien).
Quant au Lotus bleu, c'est bien différent Hergé se moque de lui-même et de sa bêtise ! Avant, il pensait que le chinois était fourbe en plus d'être tout jaune et quand il a rencontré (pour de vrai) un certain Tchang à Bruxelles. Il s'est dit mon Dieu qu'est-ce que je suis con ! Du coup, dans le Lotus bleu ce sont surtout les japonais qui morflent !
Un peu à la manière du soldat Ryan où Spielberg nous montre que des français très très bêtes et des allemands très très méchants. Ah ! Esprit manichéen quand tu nous tiens...
Voilà, voilà...
Hergé n'est que le reflet de son époque.
Exemple frappant et célèbre, la réédition de Tintin au Congo : Tintin y joue brièvement les instituteurs pour les petits Africains et dans la première édition des années 30 leur enseigne "Nos ancêtres les Gaulois..." ce qui ne manque pas d'une certaine espiéglerie - volontaire ou non, je ne sais pas. Dans la réédition des années 50, il se contente d'une leçon de mathématiques, ambiance décoloniale difficile oblige...
En somme, Hergé n'est ni facho ni marxiste ni raciste ni je-ne-sais-quoi. Son héros incarne simplement l'idéal collectif inconscient un peu bourgeois du type fondamentalement bon et droit. Ce trait se renforce d'ailleurs au fur et à mesure des albums - attitude miséricordieuse vis à vis des grands méchants Rastapopoulos ou Stolz, défense des Tsiganes, etc.
Quelque part, Tintin, c'est un peu l'ancêtre de Thorgal.
Je me refais toute la série.
Tintin en Amérique.
L'employé de banque qui fait sa déposition après le meurtre de son patron : "... J'ai donné l'alarme. On a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s'est enfui..."
Je trouve ça énorme. Génial.