02nov 2007
Ka-boom vroom vroom
09:57 - Par Frédéric Meurin - Politique écologique - 3 commentaires
Vous voulez que je vous pête le moral ? Vous en avez marre de Cécilia et des 140 % ?
Option 1 : Allez sur le blog de ma camarade Flo Py, qui a le talent pour trouver des trucs alarmants (j'ai ici pointé directement vers la bonne nouvelle);
Option 2 : lisez la suite, que j'ai honteusement pompé au Monde.fr
Nota : l'option 1 n'exclut pas l'option 2.
Entretien avec le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire
Stéphane Lhomme : "Le Grenelle de l'environnement est une défaite majeure pour l'écologie"
- En conclusion du Grenelle de l'environnement, le président Nicolas Sarkozy a souligné que pour lutter contre le réchauffement climatique, la France doit opter pour l'énergie nucléaire, sinon elle devra ''renoncer à la croissance''. Réfutez-vous cette alternative ?
Si le nucléaire permettait vraiment de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de suppléer au pétrole, il serait peut-être légitime de discuter de cette option. Mais le nucléaire ne couvre que 2,5 % de la consommation mondiale d'énergie, une part si faible que son impact sur le climat est quasi nul. De plus, contrairement à ce qui nous est souvent dit, cette part va encore se réduire dans les années à venir : l'Agence internationale de l'énergie (AIE) reconnaît que la part du nucléaire dans l'électricité mondiale va passer de 16 % à moins de 10 %, c'est-à-dire environ 1,5 % de la consommation mondiale d'énergie. Tant qu'on croit que le nucléaire va empêcher, même partiellement, le réchauffement climatique, ce dernier aura de beaux jours devant lui.
- Les ONG écologistes qui ont participé au Grenelle de l'environnement ont très vite accepté que l'avenir du nucléaire civil français reste en dehors du débat. Comment jugez-vous cette acceptation ?
Ces associations ont certainement estimé qu'elles pourraient se rattraper sur d'autres thèmes (biodiversité, transports, etc). Ce qu'elles n'ont pas compris, c'est qu'en se pliant au "préalable pronucléaire", imposé par M. Sarkozy, y compris son incroyable accord nucléaire avec le dictateur libyen Kadhafi, elles sont allées à la négociation déjà vaincues, soumises. Logiquement, elles ont été balayées sur l'ensemble des dossiers. En effet, contrairement à tout ce qui nous a été affirmé par la puissante communication élyséenne, le Grenelle est une défaite majeure pour l'écologie :
- réduction des pesticides... "si possible"
- moratoire autoroutier sauf contournements d'agglomérations ou "points noirs", autant dire que la plupart des projets actuels seront validés
- OGM : un gel... pendant l'hiver
- moratoire sur les incinérateurs : sauf en "dernier recours"... ce qui ne manquera pas de se produire
Le sommet a été atteint avec le nucléaire : M. Sarkozy a abusé l'opinion en annonçant qu'il n'y aurait pas de "nouveaux sites". Or, les projets de nouveaux réacteurs sont tous prévus dans des sites déjà existants ! Dans un pays où il y a 58 réacteurs en service (plus une douzaine déjà arrêtés, qui restent à démanteler), des projets à foison (EPR, ITER, etc.), des sites nucléaires gigantesques (La Hague, Tricastin, Cadarache, Marcoule, Bure, etc.), l'attitude des associations "compatibles Grenelle", qui ont baissé pavillon sur ce sujet, est tout simplement indigne.
- L'écologie politique s'était jusqu'ici plus concentrée sur la lutte contre le nucléaire, la sortie du pétrole venant bien après. C'est en train de changer, semble-t-il...
C'est en train de changer dans le discours du pouvoir et celui des éditorialistes. Ce sont eux qui ont "décrété" que, subitement, le nucléaire n'était plus un problème, et même que c'était une "solution", et ce discours s'est imposé en continu. A force de répéter des choses parfaitement fausses, elle ont fini par devenir "vraies". Jamais la facture énergétique de la France n'a été aussi élevée. Et encore, il faut y ajouter la facture nucléaire (démantèlement, déchets) qui s'annonce astronomique. Entre 2003 et 2005, c'est l'Allemagne qui est exportatrice nette d'électricité vers la France, elle ne sort donc pas du nucléaire "en important l'électricité nucléaire française". Tout est à l'avenant : le nucléaire ne subsiste que grâce à des mensonges d'Etat entretenus par la publicité ou les discours du personnel politique.
- Du Maroc à l'Iran en passant par l'Egypte, beaucoup de pays en développement souhaitent faire appel au nucléaire. Ont-ils un autre choix, compte tenu du coût de développement des énergies renouvelables ?
Il faut bien comprendre que, même si ces pays développent – hélas – des programmes nucléaires, cela ne couvrira qu'une part infime de leur consommation énergétique. Même la Chine, qui annonce 40 nouveaux réacteurs, espère seulement couvrir ainsi 4 % de son électricité, soit 0,7 % de sa consommation d'énergie. Dans ces dossiers, le nucléaire n'est en rien un outil d'indépendance énergétique : ce qui est en jeu, c'est soit une forme de "fierté" mal placée (du genre "Nous aussi, nous avons du nucléaire"), soit des considérations géopolitiques (ce sont les Etats-Unis qui poussent l'Egypte à relancer son programme nucléaire, pour contrecarrer la montée en puissance d'autres pays). Mais, dans tous les cas, il faut bien noter que ce ne sont jamais les peuples mais les dirigeants – souvent des autocrates – qui veulent du nucléaire.
- Les antinucléaires sont souvent accusés de faire le jeu des pétroliers. Que répondez-vous ?
Il se trouve que nous dénonçons autant les uns que les autres car, contrairement à une idée reçue, ils ne sont pas concurrents mais ont des intérêts identiques : faire en sorte que nous consommions toujours plus d'énergie, litres de pétrole ou kilowattheures d'électricité. Leur seule crainte est la mise en place d'une société sobre qui développerait les économies d'énergie et les énergies renouvelables... et sabrerait leurs profits. D'ailleurs, en France, Total et Areva sont actionnaires croisés. Aux Etats-Unis, le plan énergétique de Bush impose de nouveaux forages pétroliers et de nouveaux réacteurs nucléaires. Autre exemple, c'est l'industrie nucléaire qui offre l'énergie nécessaire à l'extraction du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta (Canada).
Propos recueillis par Matthieu Auzanneau, pour Le Monde.
Nota : Pour info, histoire de ne pas toujours cracher sur les mêmes, entre 19h55 et 20h, le fameux jour de veille où un mouvement de "coupure volontaire" a été mis en place, la consommation électrique nationale a baissé, par rapport à la veille, de... 0,9%. Soit environ 600'000 ampoules. Une broutille quoi...




3 commentaires
Mais les 2 articles n'ont aucun rapport à part prouver que notre gouvernement est foireux (mais cela on le savait déjà). Autant je trouve révoltant les arrestations arbitraires de sans-papiers, autant pour le Grenelle de l'Environnement je me pose des questions. Est-ce que nous ne sommes pas trop critiques ? Pourquoi les Verts, Nicolas Hulot, Al Gore seraient tous ravis des conclusions. Ils disent que c'est un début et ils ont raison, il faut voir la suite avant de juger. Evidemment il faut être méfiant, mais s'ils tiennent leur promesses, ça sera déjà de belles avancées.
Chirac, à part dire "la maison brûle", n'avait pas fait grand chose pour l'écologie.
On savait bien avant le Grenelle que Sarkozy n'allait pas dire : "ok, c'est bon, on va sortir du nucléaire en 5 ans". Il faut être réaliste, bien augmenter la part des énergies renouvelables et baisser petit à petit la part du nucléaire.
Quant au 5mn dans le noir, on peut dire que ça n'a fait que 0,9% de consommation electrique en moins, mais on peut dire aussi : oui, cela a fait 0,9% en moins, et si on s'y met tous, tous les jours, on peut arriver à de bons résultats.
Il faut réveiller les consciences et ça passe aussi (et surtout) par ce genre d'opérations médiatiques. En espérant que bientôt les élèves auront de vrais cours d'écologie en classe...
Je vais simplement répéter ce que je serine depuis plus d'un an : si on laisse faire Hulot et Sarkozy (et Parisot), le tournant vers une société "écologique" (tout du moins un peu moins délétère) se traduira exclusivement par plus de contraintes pour les imbéciles (nous), à savoir plus de taxes, plus de contraintes énergétiques arbitraires qu'on pourra contourner avec un gros portefeuille, la réduction voire la disparition d'un certain nombre de services publics et à faible coût (collecte des ordures, traitement des eaux, eau courante potable, etc.) ; et plus de fric pour les industriels qui ont bien tout pourri jusque là et vont maintenant vendre au gouvernement leurs solutions de traitement de leurs propres déchets...
Je ne dis pas qu'il n'y a pas de points positifs dans le Schmürz de l'Environnement, mais avant de me réjouir d'une quelconque façon, j'attends de voir l'application. Comme l'arrêt de la construction d'autoroutes et le développement du ferroutage. Évidemment qu'on arrête, y'a plus de fric pour les financer puisqu'on a privatisé les sociétés d'exploitation sous Raffarin (avec Sarkozy aux Finances...) ; on a aussi commencé à privatiser le réseau ferré, qu'on va subventionner allègrement (ben oui, on privatise à des amis quoi) pour garantir son entretien, et les tarifs de location de la SNCF aux Réseaux Ferrés de France vont s'envoler, donc nos billets de train vont carrément exploser, puisqu'ils répercuteront ces hausses cumulées ; d'où disparition (déjà bien entamée) des réseaux régionaux de voyageurs, car les conseils généraux et régionaux ne pourront plus suivre (alors qu'ils financent déjà à plus de 50% les TER actuels) ; donc loin de la ville, point de salut hors d'une bagnole qu'on paiera très cher puisqu'elle pollue, vu qu'en France et en Europe la recherche automobile sur une réduction de la pollution est à peu près nulle ; d'où nouvel exode rural et émergence de nouveaux bidonvilles puisqu'il n'y a toujours pas de programme de construction sérieux (tiens, Borloo, il s'occupait pas du logement avant d'être à l'Environnement ?).
Et sur la plupart des sujets, c'est un bête flop.
Oui, je suis de super bonne humeur aujourd'hui.
Ah, et si vous vous demandez (à juste titre) ce que moi, pauvre gueulard, je fais pour le bien de la planète... ben là j'envisage instamment d'étrangler ma belle-sœur.
Quoi ? Quel rapport avec l'écologie ?
Ben ce sera plus facile que de lui apprendre à éteindre la lumière quand il fait jour.