15fév 2008
Mémoire
11:51 - Par Frédéric Meurin - Papier - crayon - 6 commentaires
"il faut en finir avec la repentance", vous vous souvenez ? "La France n'a pas inventée la solution finale", vous vous souvenez ? "Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs ?", c'est tout récent. Et bien voila la formidable suite.
Je passerai, parce qu'il n'y a plus rien à dire, sur le racolage auprès des milieux religieux qui n'est pas sans rappeler les grandes heures d'une campagne électorale américaine.
Voici la nouvelle mesure émotico-bien-pensante que Président Sarkozy nous sort de derrière les fagots.
La mémoire des enfants victimes de la Shoah "confiée" aux élèves de CM2
Le président Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi soir qu'il voulait qu'à partir de la rentrée scolaire 2008 chaque élève de CM2 se voie "confier la mémoire" d'un enfant français victime de la Shoah. "J'ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah", a déclaré M. Sarkozy lors du dîner du CRIF. "Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui", a-t-il ajouté. (AFP)
Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne ? C'est quoi ça ? Du Barbara Cartland ? Rien n'est plus public au contraire ! Et quel intérêt d'évoquer l'émotion ? Storytelling, le retour ! C'est d'histoire et d'analyse dont on a besoin, il nous sort les feux de l'amour... Meritocratie de la Star Ac'...
Je suis tellement écœuré et blasé que je n'ai plus rien à dire. Si, peut-être une chose : je demande pardon aux enfants juifs déportés de cette instrumentalisation.
Allez, rions (jaune) avec Manu Larcenet.




6 commentaires
Le plus désopilant c'est que les gens du CRIF trouvent ça ridicule aussi... On a de la chance, il n'y a qu'une seule rentrée scolaire par an, on est tranquille, pas de nouvelle trouvaille jusqu'en septembre 2009...
Comme toujours, préparation à l'asservissement par la peur et les tripes...
Récapitulons et pronosticon :
- 2007, Guy Moquêt (bon ça a un peu foiré parce qu'on s'est souvenu qu'il était communiste)
- 2008, un enfant juif déporté
- 2009... une petite fille somalienne excisée et mariée de force à 11 ans ?
- 2010... [suite sur mon blog, je vais lancer un concours et nous soumettrons nos proposition à notre président !]
J'ai appris ça hier matin et je n'ai pas encore décoléré. Donc, du coup, je n'arrive pas encore à en rire... En tant que citoyenne, cette idée aussi brillante que pédagogique me fout carrément les chocottes. (Déjà que l'école prépare davantage à devenir un employé à la nuque souple, qu'un citoyen éclairé, mais là ! c'est le pompon !) Et en tant que mère, elle me met en rogne parce qu'elle est très exactement à l'opposé de ce que j'essaye d'inculquer à ma progéniture.
Plein de bises
De toutes façons l'éducation nationale porte mal son nom, à la base : ce devrait être l'enseignement national. Mais là n'est pas le débat. En l'état des choses, il faut positiver, et se dire que ça permet à nos enfants de voir qu'il faut de tout pour faire un monde. Même s'il y a beaucoup de trucs qu'on ne veut pas.
Ouais, je sais. Je positive comme je peux.
Le feuilleton continu(e) :
"A la seconde, mon sang s'est glacé." Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée, était présente mercredi 13 février, au dîner du CRIF, quand Nicolas Sarkozy a proposé d'associer chaque élève de CM2 à un enfant victime des persécutions nazies.
Interrogée par L'Express.fr, elle juge, vendredi 15 février, que cette proposition est"inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout, injuste". "On ne peut pas infliger ça à des petits de 10 ans, on ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort, souligne-t-elle, cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter." La suggestion de M. Sarkozy risque d'attiser les antagonismes religieux, dit-elle encore : "Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d'incarner le souvenir d'un petit juif ?" Déportée à l'âge de 16 ans, elle témoigne : "Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd'hui encore, nous essayons d'épargner nos enfants et nos petits-enfants."
UNE DÉMARCHE "NÉCESSAIRE", POUR M. SARKOZY
Un peu plus tôt, en déplacement à Périgueux pour annoncer un plan de réforme de l'école primaire, Nicolas Sarkozy avait défendu à nouveau sa proposition très critiquée : "On ne traumatise pas les enfants en leur faisant ce cadeau de la mémoire d'un pays, pour leur dire un jour, c'est vous qui écrirez l'histoire de ce pays. Nous, nous en sommes la mémoire, ne refaites pas les mêmes erreurs que les autres."
Et le chef de l'Etat de poursuivre : "Il s'agit d'une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c'est-à-dire une histoire d'enfants qui avaient leur âge." "C'est d'autant plus nécessaire que les survivants de cette époque tragique de notre histoire vont disparaître (...), ce sont nos propres enfants qui, de génération en génération, se transmettront ce souvenir", avait-il déclaré.
(Dépêche AFP reprise dans le Monde)
Pour information, j'ai eu le privilège de rencontrer des déportés qui sont venus dans notre classe raconter cette expérience. Entendre un homme dire que ses enfants et ses petits-enfants ont appris à compter sur son tatouage est l'une des choses les plus bouleversantes qu'il m'ait été donné d'entendre : derrière cette image très dure, et futile à la fois, d'un homme marqué dans sa chair - pour ne pas parler de ceux qu'ils connaissaient et ne sont pas revenus, il y avait l'espoir d'une vie qui avait continué.
Il n'avait expliqué à ses enfants que bien plus tard, à l'adolescence, ce que signifiait ce tatouage. Et nous étions nous-mêmes au lycée. Pas en CM2.
C'est un vrai malade ! je pense qu'au rythme où vont les choses, il ne finira jamais son mandat. Il va se faire flinguer avant. C'est pas possible d'être aussi con !
C'est pas tant une question d'âge que de procédé... Et le procédé revient à recycler le mythe de l'Ogre. Et Sarkozy en Petit Poucet, j'ai vraiment du mal.